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09 avril 2019
Interview

Accueil Économie « Le capitalisme doit intégrer un objectif de justice sociale »

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Par Gilles Dufrénot Professeur de Sciences Economiques à Aix-Marseille Université et chercheur associé au CEPII
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Professeur à l’École d’Économie de Marseille et auteur de nombreux ouvrages, Gilles Dufrénot appelle de ses vœux l’émergence d’un nouveau contrat social qui reposerait sur la redéfinition des besoins minimaux par le plus grand nombre.

Pourquoi redéfinir l’idée de pauvreté ?

Confronté à la pauvreté dans les pays d’Afrique et d’Amérique latine que j’ai étudiés, j’ai d’abord ressenti de l’impuissance. J’ai été frappé par l’écart entre l’optimisme de celles et de ceux qui consacrent leur vie à la lutte contre la pauvreté (ONG, médecins, anthropologues, économistes, agences de développement) et la réalité du terrain. Cette réalité, ce sont de très nombreuses personnes qui ne s’en sortent pas et qui ont peu d’espoir que leur situation s’améliore au cours de leur vie.

Imaginez une barque remplie d’eau qui menace de s’enfoncer. De nombreuses politiques de lutte contre la pauvreté, même très volontaristes, agissent comme si on écopait l’eau de la barque pour empêcher qu’elle ne coule – elles servent à ralentir sa progression. Mais la seule manière d’empêcher que la barque ne coule, c’est de la réparer. Cet effort de réparation nécessite de s’intéresser aux tendances et aux facteurs – historiques, socio-culturels, économiques et politiques – qui définissent sur le long terme les modes d’organisation des sociétés.

 

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Comment le regard sur la pauvreté a-t-il évolué au fil des siècles ?

Au fil des siècles, les pauvres sont passés du statut d’assistés à celui d’acteurs de la transformation de l’organisation socio-économique et politique. À l’apogée de l’Empire romain, au iie siècle de notre ère, les inégalités et la pauvreté étaient excluantes. La majorité des gens vivait dans la misère, constituant un groupe hétéroclite. Entre le xiie siècle et le xvie siècle, l’influence de la pensée religieuse a changé cela. En Europe, les bien-portants sont invités à encadrer et à assister les personnes de modeste condition. Les hospices et les œuvres de charité se développent.

À partir du xvie siècle, la Réforme protestante amène un deuxième grand changement en Europe. Elle favorise l’essor du capitalisme industriel et améliore considérablement les conditions matérielles des personnes pauvres. Les innovations techniques du xixe siècle européen ont ensuite permis aux plus démunis de mieux se nourrir, se soigner et s’éduquer, ce qui a appuyé leur inclusion sociale.

Depuis quelques années, un troisième grand changement est en cours. Il permet aux personnes pauvres de façonner plus directement le capitalisme en leur faveur.

 

Vous écrivez qu’il faut arrêter de considérer les pauvres comme des assistés. Comment peuvent-ils transformer le capitalisme ?

Dans le capitalisme, la production de richesse vient de l’accumulation de capital, quelle que soit sa forme. C’est un système excluant, la pauvreté y est perçue comme le reflet de « ce que n’a pas retenu le marché ».

La transformation du capitalisme repose sur deux facteurs. D’une part, le capitalisme doit intégrer un objectif de justice sociale dans son fonctionnement. Cela peut impliquer par exemple que les préférences collectives ne soient pas définies par l’objectif de maximiser la richesse, mais par celui de répondre aux besoins minimaux de l’ensemble de la population. D’autre part, il faut que les acteurs clefs, dont les actions influent sur le fonctionnement du capitalisme, soient les pauvres. C’est ce qu’illustrent aujourd’hui l’économie collaborative et les innovations frugales.

 

À quoi ressemble ce nouveau capitalisme ?

Le capitalisme du xxie siècle se dessine peu à peu. D’abord, l’économie collaborative préfigure une manière de produire des services publics par le privé. Covoiturage, location de logements, trocs de produits alimentaires, de vêtements, de meubles, de temps de gardes d’enfants et de loisir… Grâce à Internet, des millions de consommateurs échangent des biens et des services sans intermédiaires sur des marchés secondaires, à travers à la constitution de réseaux numériques (covoiturage, échange ou location de logement, co-habitat, échanges et trocs de produits alimentaires, de vêtements, de meubles, de temps de gardes d’enfants et de loisir, repas collaboratifs). Dans le domaine de l’éducation, les MOOC gratuits facilitent l’accès aux connaissances.

Ce nouveau capitalisme bouscule les industries de l’ancien modèle : l’hôtellerie classique, les taxis, la location d’appartements privés ou d’automobiles… On pourrait y voir une forme de concurrence. Mais ces nouveaux échanges s’étendent car ils concernent en premier lieu les personnes qui n’ont pas beaucoup de moyens. Ils minimisent les coûts individuels et permettent de dissocier droit de propriété et droit d’usage. Pour consommer un bien ou un service, on n’est plus obligé de le posséder ou de le louer à autrui. Les personnes font de leur espace de consommation privé un espace ouvert de partage public. Ce mode de fonctionnement est plus soutenable que le capitalisme ancien parce que, dans ce nouveau capitalisme, un accroissement des inégalités de richesse ou de revenus n’implique pas nécessairement une augmentation des inégalités de niveau de vie. Le fait d’être pauvre n’empêche plus l’accès à certains biens et services de base.

Toutefois, ce nouveau capitalisme collaboratif n’élimine pas les problèmes habituels du capitalisme classique : les comportements de freerider, les asymétries d’information. Par exemple, dans les pays pauvres, le retard des infrastructures numériques empêche l’émergence de mécanismes collectifs d’autocontrôle sur la qualité des biens et des services échangés, sur la sûreté liée à l’identification des membres du réseau, sur la constitution de marchés parallèles de rentes, etc.

« Le problème des sociétés n’est plus de maximiser la richesse mais de minimiser la pauvreté. En d’autres termes, la question devient : quel niveau de richesse permet un nombre réduit de pauvres ? »
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Comment les innovations frugales contribuent-elles à redéfinir la place des pauvres ? Comment infusent-elles dans les économies ?

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Avec l’économie des innovations frugales, la sortie de la pauvreté peut s’appuyer sur des innovations localisées, calibrées aux besoins des personnes, des communautés et des pays. On peut innover et introduire des connaissances nouvelles dans un contexte de rareté des moyens de financement, sans pour autant tendre vers une économie « de pacotille » dans laquelle les pauvres ne consommeraient que des services et des biens de mauvaise qualité. Ce concept a émergé dans les pays en développement (en Inde, précisément) et sert de business model a un nombre de plus en plus important d’entreprises dans les secteurs de la sidérurgie, de l’automobile, de l’informatique et de la télécommunication.

Ces principes infusent dans les économies des pays développés. Par exemple, le paiement sans contact est le pendant de la monnaie téléphonique, très répandue dans certains pays africains où le réseau bancaire est quasi inexistant et où elle permet d’améliorer l’inclusion financière. Dans les pays développés, la tendance va aller de plus en plus à une réduction des infrastructures bancaires en raison de leurs coûts.

 

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Quel rôle les agences de développement et les ONG doivent-elles jouer dans cette transformation ?

Ces entités ont un rôle crucial : elles ont les moyens financiers et la technique nécessaires à la fourniture de biens et de services universels qui ne peuvent être produits qu’à une grande échelle (infrastructures routières, hospitalières, énergétiques, équipements numériques, accès à l’eau et à l’assainissement, etc.).

Leurs interventions demandent néanmoins de la vigilance sur plusieurs points. Le premier : éviter d’enfermer les pays aidés dans le cercle de l’endettement perpétuel. C’est difficile à admettre, mais nous en sommes arrivés à un point où la raison d’être de certaines entités d’aide aux pays pauvres tourne autour de portefeuilles de gestion de dettes.

Le deuxième point concerne le décalage entre le temps long des procédures de décaissements, d’études techniques et de mises en œuvre des projets et l’urgence de réduire la pauvreté. La Chine est un contre-exemple. Le taux de pauvreté y est passé de 10 % en 2012 à 3 % en 2017, avec plus de 60 millions de personnes sorties de la pauvreté en 5 ans – un temps record. Cela n’a été possible que parce que les dirigeants ont pris la pleine mesure de cette urgence.

Le troisième point de vigilance concerne les ONG, à qui l’on doit une grande partie des politiques ciblées qui ralentissent la progression du nombre de pauvres. Si elles favorisent le développement endogène en s’appuyant sur leurs connaissances fines des sociétés – une clef pour sortir de la pauvreté –, elles ne doivent pas devenir le jouet des luttes entre États, ni être transformées en lobbys.

 

Transformer l’économie grâce à la frugalité, au partage et à la collaboration… n’est-ce pas utopique ?

Non. Le principe même du capitalisme est celui de la frugalité, entendue au sens de « faire avec ce qui est juste nécessaire ». C’est l’épine dorsale du principe de minimisation des coûts, de maximisation des gains ou de tout principe d’optimisation. La question importante est de savoir si l’on peut optimiser sans gaspiller. Dans une ère d’opulence, on a tendance à oublier cette question et à se focaliser sur les bienfaits du capitalisme, c’est-à-dire le fait qu’il accroît la richesse et le niveau de vie du plus grand nombre. Lorsque peu de personnes manquent de moyens de subsistance ou vivent modestement, la question du gaspillage n’est pas prioritaire. En revanche, lorsque les inégalités s’accroissent et le nombre de pauvres augmente, elle retrouve un intérêt.

Le problème des sociétés n’est plus de maximiser la richesse mais de minimiser la pauvreté. En d’autres termes, la question devient : quel niveau de richesse permet un nombre réduit de pauvres ?Cobana Superdry fr Coral Destroy Zalando Vintage Polo eHY9bWED2I Jusqu’à présent, on considérait que la réponse était corrélée à la maximisation des richesses et du revenu global. La progression des inégalités nous a montré qu’une société globalement très riche peut comporter de nombreux pauvres, si la richesse est mal répartie. Une alternative est donc de minimiser le gaspillage dans les processus de production et d’échange. C’est cela, la frugalité.

 

À quoi ressemblerait un monde sans pauvreté ?

Un monde sans grande pauvreté est un monde où la plupart des personnes bénéficient de services et de biens de base, considérés comme universels. On peut difficilement envisager que le capitalisme puisse perdurer si la pauvreté s’y développe, tout simplement parce qu’il ne serait pas soutenable socialement. Le communisme s’est effondré lorsque les gens ont cessé d’y croire, face aux famines et aux désastres humanitaires. Le problème actuel du capitalisme de marché est qu’il a engendré des excès dans sa course à la performance. Des excès dans l’abondance (hypertrophie financière, surexploitation des ressources naturelles, surendettement) et dans la rareté (augmentation de la pauvreté entre pays, des poches de pauvreté dans certaines villes ou quartiers, multiplication des discriminations, ségrégation spatiale). Ces excès ne sont pas inéluctables, mais sont le reflet de comportements sociétaux.

 

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Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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